La Plume de Giacometti


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Chapitre 2

Ils atteignirent le sommet de la colline et firent une halte à l’ombre d’un vieux chêne.

« Oh ! S’écria Alissa en tendant le doigt vers la plaine qu’ils venaient de quitter. Regardez ! On voit la ville ! »

France et Adam se retournèrent.

En effet, la ville apparaissait au loin dans une légère brume. Le soleil se levait lentement à travers les cheminées. Celle de la fabrique dégageait une fumée noire qui se perdait dans le jour naissant.

« Vous croyez qu’on y reviendra un jour ? Demanda Alissa, l’air vaguement triste.

- Peut-être, répondit Adam en souriant. Mais alors nous serons bien plus grands. »

France croisait les bras et, les paupières plissées, laissait peser sur les toits une animosité non dissimulée.

« Nous ne nous séparerons jamais, n’est ce pas ? »

France croisa le regard brillant d’angoisse de sa petite sœur.

« Non, murmura-t-elle. Non, pas nous. Mais il faut savoir que nous ne sommes pas maîtres de ce qui peut se passer. Nous allons vers l’inconnu, il nous arrivera probablement beaucoup de choses, nous devons nous battre pour survivre et même sans doute pour rester ensemble.

- Et… et si on était séparé, France ? » Balbutia Alissa, en devenant toute pâle.

L’aînée frémit. Cependant elle parla avec confiance :

« Alors nous devrons chacun d’entre nous ne jamais oublier que nous avons des frères et des sœurs quelque part. Alors nous ne devrons jamais oublier que notre nom est… est… »

Elle dût faire un gros effort de réflexion pour s’en souvenir :

« Célone. Ne jamais oublier ça car ce nom nous attache les uns aux autres et nous permettra toujours de nous retrouver. Notre nom est Célone.

- Célone ! Reprit Adam, en posant une main sur sa poitrine.

- Célone ! Répéta Alissa avec un sourire ému. Alissa Célone, Adam Célone, France Célone, Abby Célone…

- Andréa Célone, Alexandre Célone, Ann Célone, enchaîna Adam, amusé.

- Et Allan Célone ! Dit France d’un ton sec. Ne perdons jamais le souvenir d’Allan, jamais, vous entendez ? »

L’aînée resta un instant perdue dans ses pensées puis approcha d’Abby, assise sous l’arbre à babiller, et s’agenouilla à son côté. La petite fille leva vers elle deux grands yeux bleus brillant d’allégresse, visiblement enchantée de la promenade.

« Ecoute, Abby. »

France caressa doucement sa joue bien ronde.

« Quoiqu’il arrive, quoiqu’on fasse, tu t’appelles Abby Célone. Abby Célone, tu comprends ?

- Abby Célone ! Rit l’enfant en secouant joyeusement ses boucles dorés.

- Dis encore : je m’appelle Abby Célone.

- Abby Célone !

- Il ne faut pas l’oublier, Abby, jamais. »

Impressionnée par le ton grave de sa voix, la petite fille cessa de papillonner et la regarda fixement.

« Tu ne te rappelleras pas beaucoup de nous tous si… si un jour nous sommes séparés. Mais nous, Abby, nous, nous pourrons toujours te retrouver si tu n’oublies pas ton nom, tu comprends ?

- Abby Célone ! Abby Célone ! Oui ! Oui !

- C’est bien. Partons maintenant. Le chemin est long jusqu’à la mer. »

Elle prit la fillette par la main et se mit en route. Adam et Alissa jetèrent un dernier coup d’œil à la ville qui s’éveillait dans le lointain, soupirèrent tristement, résignés au sort qu’ils avaient choisi, et les suivirent, se tenant eux aussi par la main, comme si cette simple pression pouvait les rassurer… Ou les protéger.

Dim 29 nov 2009 15 commentaires


@+ PAT

biker06 - le 29/11/2009 à 07h45
Je suis avec plaisir.... Ils reviendront certainement un jour. L'attachement aux racines aux lieux où a vécu même si on y a vécu des drames. Bisous
Eglantine - le 29/11/2009 à 08h06
Bonne journée Plume , bises
canelle56 - le 29/11/2009 à 09h05
Moi aussi je suis avec grand plaisir ce récit si prenant et si riche en sentiments de toutes sortes ,c'est bien ce que fait la grande de leur rappeler leur nom de famille au cas ou ils seraient dispersés .Les pauvres ils me font mal au coeur de les savoir seuls .Bonne Dimanche Bises
lianne - le 29/11/2009 à 10h07
Toujours aussi émouvant. Mon meilleur ami, je l'ai connu alors que j'avais 3 ans et lui 4 ans. Il était orphelin ainsi que ses deux soeurs. Lui est allé aux orphelins d'Auteuil, et ses soeurs sont restées à un orphelinat géré par des soeurs. Lui près de Lorient et ses soeurs à Verdun 55. Maintenant il est revenu à Verdun, mais la séparation leurs a toujours pesé, encore maintenant. je le sais puisque nous sommes restés amis, ancore maintenant 75 ans d'amitiés, ça compte même s'il y a eu des périodes de coupure dû à notre vie personnelle
 Bon dimanche  bises
patriarch - le 29/11/2009 à 10h17
C'est important un nom... C'est vrai.

J'espère qu'ils ne seront pas séparés.
Quichottine - le 29/11/2009 à 11h41
Je viens de prendre connaissance du premier billet qui m'a rendu triste, j'espère que tout va bien se terminer pour ces enfants, j'aime les histoires qui finissent bien.
Bon dimanche  
Santounette - le 29/11/2009 à 13h01
Voilà bien longtemps que je n'avais mis les pieds chez toi (façon de parler bien sûr ;-)  Je n'ai pas reconnu l'endroit que tu as entièrement redécoré. Je vois que tu es très productive ! Un grand nombre de romans à ton actif !
Ta visite l'autre jour m'a fait très plaisir. Je te souhaite un bon dimanche Plume, et bonne continuation !
Thaddée - le 29/11/2009 à 13h12
à suivre !
bises Plume...merci !
voyelle - le 29/11/2009 à 15h22
Toute une vie d'aventure qui les attend, j'espère qu'ils resterons unis. J'aime beaucoup.
Solange - le 29/11/2009 à 16h07