La Plume de Giacometti

Pour prendre la lecture du début :

France s’immobilisa soudain au milieu de la rue. Là-bas, Adam et Allan se faufilaient entre les riches manteaux regroupés à bavarder face à la taverne. Elle les observa un moment. Leurs petites mains habiles subtilisaient les bourses qui pendaient aux ceintures et des sourires de triomphe illuminaient leur visage à chaque prise réussie.

Après quelques minutes, fièrement, ses frères s’éloignèrent du groupe sans qu’aucun des riches personnages ne se soit aperçu de quelque chose. Ils se partagèrent le butin et se séparèrent jovialement.

Adam vint de son côté, faisant sauter dans sa main une bourse pleine d’écus. Il riait et son rire éclairait le bleu pâle de ses yeux d’une lumière douce et apaisante. Chemise et pantalon déchirés, il était aussi sale et misérable qu’elle. Et que tous les vanupieds dont la ville regorgeait.

Quand il l’aperçut, telle une statue sombre au milieu des passants, il arrêta son pas un instant, parut hésiter puis finit par l’approcher :

« Tu veux manger ? »

Un léger mouvement de la tête fut la réponse de l’aînée.

« Viens… »

Adam l’entraîna vers le marchand ambulant qui les regarda avancer avec méfiance.

« Au large garnements ! Leur lança-t-il durement. Pas la peine de venir mendier, vous n’aurez rien !

- Je peux payer, répondit Adam en montrant la bourse, je voudrais un pain. »

L’homme lorgna le petit sac avec intérêt et le lui prit des mains pour jeter un regard circonspect à l’intérieur. Visiblement satisfait de son inspection, il la glissa dans la poche de sa veste et foudroya des yeux le garçon debout en face de lui à attendre.

« Va-t-en, petit voyou !

- Mais… » Voulut protester Adam, outré.

Il le repoussa avec une telle brutalité que l’enfant perdit l’équilibre et partit rouler dans le caniveau ruisselant des immondices laissés à l’abandon de-ci de-là. L’homme s’éloigna en éclatant d’un rire gras et sonore, poussant la carriole rempli de victuailles droit devant.

France aida son frère à se relever. Adam était pâle de rage, près à courir après son voleur et lui sauter dessus. Mais l’aînée avait une autre idée. D’un geste elle lui intima le calme. Comprenant qu’elle avait la ferme intention de lui faire payer sa félonie, Adam s’apaisa instantanément. Il connaissait bien cette lueur sagace dans les yeux de sa sœur.

La petite fille aux longs cheveux bruns tout ébouriffés et emmêlés partit d’un pas assuré vers le groupe de riches manteaux. Elle se glissa entre les broderies dorées et tira la manche de celui qui lui semblait le plus important de tous.

« Monseigneur… »

Ce dernier baissa la tête vers la fillette en guenille.

« Que veux-tu, petite ?

- On vous a volé, monseigneur. »

Il porta aussitôt la main à sa poche et… blêmit. Sa bourse avait disparu !

« Qui ? Qui a osé ? Rugit-il, fou de colère. Qui, petite ?

- Le marchand ambulant là-bas, monseigneur. »

France tendait fermement son doigt vers le malotru à la carriole.

Le richissime personnage se précipita sans perdre une seconde vers le commerçant, en alertant ses amis qui le suivirent en courant.

Les yeux noirs de France brillèrent intensément.

Au loin, le gentilhomme secouait sans ménagement l’homme protestant vigoureusement de son innocence. Dans les éclats de voix, les bousculades et l’attroupement qui se formait, il finit par trouver le petit sac en cuir rempli de pièces d’or, qu’il reconnut immédiatement comme étant à lui. Aussitôt, plusieurs s’emparèrent du commerçant médusé et le traînèrent vers le poste de police le plus proche, l’injuriant et le rouant de coups.

France baissa les paupières et soupira tristement. Adam la rejoignit en deux enjambés. Il souriait à pleine dents et lui donna une joyeuse accolade :

« Bravo, France ! Tu es épatante ! Quelle idée formidable ! Il n’y a que toi pour imaginer des choses comme ça ! »

Elle se tourna vers lui, l’air incrédule. Il rayonnait de fierté. Lui aussi avait les cheveux longs, ébouriffés et tout emmêlés, avec des boucles retombant sur ses maigres épaules. France haussa les sourcils, résignée à ce plaisir profond qui le faisait autant sourire.

« Rentrons ! »

Elle se mit en route. Et il lui emboita le pas, la tête haute. Côte à côte, les deux enfants allèrent en silence, pieds nus sur les pavés ruisselant…

 


Ven 4 sep 2009 28 commentaires
bonjour
ce matin un comms un peu particulier car ce matin j'ai failli tomber du lit en entendant que le sud de la Belgique se mettais à la chasse à la panthère noire .... non j'ai pas fumé la moquette, une panthère noire ce balade dans le nord de la France et pourrait venir chez ici lollll
voici la coupure de presse

En Meurthe-et-Moselle, la traque à la panthère est ouverte. Jeudi, la sous-préfecture de Briey (Meurthe-et-Moselle) a en effet annoncé qu'un «grand félin» avait été aperçu à plusieurs reprises depuis une dizaine de jours.

Jean-Claude Guillaume, le maire de Réhon (Meurthe-et-Moselle), la commune où le félin a été repéré la première fois, a déclaré que la bête avait fait une première apparition le lundi 24 août.

 «Un promeneur se trouvait sur un sentier dans les bois et il a vu, a-t-il pensé, une panthère. Il se trouvait à une quinzaine de mètres de l'animal», a t-il poursuivi.

Le Muséum national d'histoire naturelle a expertisé le moulage d'une empreinte retrouvée sur les lieux. La conclusion est sans appel : «Il s'agit d'une empreinte de grand félin, probablement une panthère noire», selon Rodrigue Duhaut, chef de brigade de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Depuis, près d'une dizaine de témoignages ont été rapportés. Le maire de Réhon a demandé à ses administrés de ne pas se rendre dans les bois. Une cage contenant des morceaux de viande a par ailleurs été installée dans la forêt afin de piéger l'animal.

Tous les zoos et cirques de la régions ont été interrogés mais personne ne semble avoir signalé la disparition d'un fauve. Selon le maire de Réhon, « il s'agirait donc d'un animal qui se serait échappé de chez un particulier».

«S'il a été élevé en captivité, alors il ne présente aucun danger», rassure Rodrigue Duhaut. «La plupart du temps, il aura tendance à fuir si on le croise». «Depuis son signalement, il n'a jamais manifesté une quelconque agressivité: nous n'avons trouvé aucune carcasse», confirme le sous-préfet de Briey, Jacky Hautier, qui a saisi les piégeurs de la région afin qu'ils aident à la traque de l'animal.

pauvre bête j'ai peur qu'il la tue !! elle doit étre partie d'un zoo ou d'un cirque ...
Linda & picasso - le 04/09/2009 à 09h42
Quelle complicité!

J'espère que tu participeras au quizz n°5 puisqu'une réponse te concerne.
enriqueta - le 04/09/2009 à 09h45
Vois tu, dans une fratrie pauvre, il y a toujours un des enfants, pas toujours l'aîné, pour prendre en charge la misère des siens !! Belle leçon parfois !!

Bonne journée ;-)
patriarch - le 04/09/2009 à 10h21
Celui-ci, sans tarder, je le mettrai dans ma bibliothèque.

Tu me préviendras quand il sortira ?
C'est superbe !
Quichottine - le 04/09/2009 à 10h22
J'aime  beaucoup ton écriture. Bravo
Eglantine - le 04/09/2009 à 11h48
Le vengeance est un pain qui se mange froid pourrait-on dire!
lizagrece - le 04/09/2009 à 12h22
coucou Plume, une chose est sûr, c'est tellement beau, que je l'acheterai ce livre

bravo

bisous
corinne - le 04/09/2009 à 14h02
Bonsoir Plume. C'est vraiment superbe, encore mieux que la première partie ! Bravo à toi !
écureuil bleu - le 04/09/2009 à 20h02
une petite fille  bien maligne ..une belle petite  vengeance ....


bonne soirée plume ..
marie the - le 04/09/2009 à 22h02
Les personnages sont très touchants dans la misère qui les touche mais ils me semblent plus malins face à la méchanceté du monde des adultes...à suivre... merci Plume !
voyelle - le 05/09/2009 à 02h01