La Plume de Giacometti

     
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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 22:16

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Une odeur subtile et âcre d’humidité imprégnait les rues qui s’éveillaient lentement de la nuit d’orage. Le long des murs glissait encore la pluie et les pâles rayons d’un soleil timide la parait généreusement des couleurs de l’arc en ciel.

Alissa avait succombé au sommeil depuis peu, recroquevillée sous le perron de la demeure. Les gouttelettes se détachaient une à une du toit et tombaient en un joli bruit cristallin dans la flaque à ses pieds. Les traits de l’enfant, marqués par l’effroi de la nuit, frémissaient. Cependant elle dormait, ses longs cheveux mouillés masquant ses paupières closes et ses lèvres tremblantes.

Soudain, une longue et fine main se posa sur sa frêle épaule :

« Hé ? Petite fille ? Appela dans la même seconde une voix très douce. Réveille-toi ! Que fais-tu donc là toute seule sous ce porche ? »

Alissa sursauta violemment et ouvrit des yeux empreints d’une folle terreur :

« Non ! Non ! Je n’ai rien fait ! Laissez-moi ! »

Et elle voulut s’enfuir, saisie de panique, sans même oser croiser le regard de la personne dont l’ombre l’enveloppait.

« N’ai pas peur ! S’exclama la même voix, avec un ton affectueux qui sut la retenir malgré elle. N’ai pas peur, mon enfant ! Je ne te veux aucun mal ! »

La main qui pressait son épaule vint doucement caresser sa joue pâle et creusée. Dans le cœur d’Alissa, la frayeur fit place spontanément à la stupeur et elle se risqua prudemment à lever la tête…

La jeune femme, agenouillée à son côté dans une longue robe noire, la contemplait gentiment, cherchant à capter son attention au travers de son sourire lumineux et la couleur émeraude de sa prunelle. Elle portait un voile. Bouche bée, Alissa ne repéra qu’une boucle blonde rebelle au dessus de ses sourcils, hypnotisée par la chaleur intense qui se dégageait de toute sa personne.

« Pauvre chérie ! Tu as l’air tellement effrayée ! Il ne faut pas, je ne te ferai aucun mal. Voyons ? Tu as faim ? »

L’intérêt se dessina sur les traits de l’enfant et écarquilla d’envie ses yeux bleus.

« Je le savais ! Déclara l’inconnue en sortant un morceau de pain de la bourse qui pendait à sa ceinture. Tiens, mange ! »

Alissa se jeta littéralement sur la nourriture qu’elle lui tendait et la dévora en un clin d’œil. La jeune femme gloussa.

« Doucement, voyons ! Tu vas t’étouffer ! »

Conquise par ce rire généreux, Alissa sourit timidement. L’inconnue joignit les mains, satisfaite.

« Bien, je vois que tu as moins peur de moi. Je m’appelle Mérédith, Sœur Mérédith plus exactement. Je suis une religieuse et m’occupe d’enfants comme toi à la fondation. Quel est ton nom ? »

La fillette planta un regard plein d’espoir dans le sien :

« Alissa…

-    Alissa ? Que c’est beau ! »

Sœur Mérédith passa une main affectueuse sur le front de l’enfant. Subitement elle paraissait triste :

« Tu es perdue, n’est ce pas ? Tes parents t’ont laissée dans la rue ? »

Des larmes s’échappèrent des paupières d’Alissa :

« J’ai… j’ai désobéi… et… et je me suis perdue… »

Sœur Mérédith se pencha et effleura de ses lèvres la joue ruisselante de la petite fille.

« Tu vas venir avec moi. Murmura-t-elle en prenant délicatement sa main. Tu vois ? La charrette est de l’autre côté de la rue. Tu vas retrouver une famille à la fondation. Ou du moins un toit. Viens… »

Réconfortée, incapable de savoir quoi faire d’autres, Alissa se laissa conduire…

 

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