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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 05:23
Les Vanupieds (1) :
Les Vanupieds (2) :
Les Vanupieds (3) :
Les Vanupieds (4) :
Les Vanupieds (5) :
Les Vanupieds (6) :
Les Vanupieds (7) :

Il parvint enfin en vue de la maison. Il avait semé les assassins.

« France ! S’égosilla-t-il. France ! »

Au moment où il sautait le ruisseau, France sortait de la maison, attirée par ses cris. Alexandre et Andréa la suivaient. Hors d’haleine, Adam s’immobilisa au bas de la marche et leva des yeux écarquillés d’horreur vers l’aînée. Le visage de cette dernière s’assombrit instantanément.

« Il faut que tu viennes ! Balbutia Adam en lui tendant la fiole. Vite ! C’est Allan… »

Comprenant qu’un malheur était arrivé et qu’il ne tenait pas à en parler devant Alexandre et Andréa, France s’empara vivement du flacon et le remit au garçon, n’ayant aucune confiance en sa sœur :

« Pour Alissa ! Donne lui s’en une gorgée ! »

Alexandre acquiesça d’un mouvement de tête et rentra dans la maison. Andréa lui emboita le pas, peu désireuse de rester dehors quand le soir tombait et encore moins en compagnie des deux aînés.

Adam saisit alors la main de France et l’entraîna à sa suite.

« Tu pleures ? Interrogea cette dernière, surprise et inquiète tout à la fois. Pourquoi ? Où est Allan ? Est-il arrivé quelque chose à Allan ? »

Tremblant, la gorge nouée, Adam broya ses doigts dans les siens, sans oser la regarder.

« Adam ? » Murmura-t-elle doucement, d’une voix qui s’enrouait.

Alors, il lui narra l’atroce réalité.

France devint livide. Sa mâchoire se contracta, ses paupières se plissèrent et une lueur terrible brilla dans ses yeux noirs. Mais elle ne prononça pas un mot, pas plus à cette minute où Adam ne contenait pas ses plaintes, submergé par la douleur, que tout le long du chemin où ils ne croisèrent personne, petites silhouettes en guenille se tenant par la main.

 

Allan était toujours étendu dans les herbes humides, un bras vers le soleil couchant, l’autre replié sous lui. Le sang continuait à couler de l’horrible blessure et avait coloré en rouge vif la chemise toute propre et blanche qu’il avait récemment récupérée d’une carriole au marché. Il ramenait souvent, le jeune Allan, de petites choses utiles comme cela de ses escapades dans les grands marchés grouillant de monde. Toujours. N’oubliant jamais aucun de ses frères et sœurs. La sacoche en peau pour l’aînée. Le coutelât pour Adam. Le peigne en corne pour Andréa ou encore les petites poupées en chiffon pour Ann et Abby. Même une gamelle pour Alexandre parce qu’il avait cassé la sienne et était menacé d’une sérieuse correction par le père, ou « une jolie coiffe pour une jolie fille », avait-il dit à Alissa en riant.

France tomba à genoux près du petit corps sans vie et resta ainsi figée un long moment, le regard vissé sur ses traits à peine visibles sous la masse de ses cheveux clairs. Sa bouche était entrouverte et un mince filet de sang coulait le long de son menton. 

Adam, debout derrière elle, s’efforçait de contenir ses sanglots sans y parvenir réellement. Mais elle, elle ne pleurait pas. Une infinie tristesse se peignait sur son visage balafré… Mais elle ne pleurait pas.

Doucement, sa main caressa les boucles encore soyeuses de l’enfant allongé.

Le ciel s’était paré de couleurs chatoyantes, orange, rouge, bleu et or. Les nuages dessinaient des formes surprenantes dans la lumière ainsi bariolée. Une en particulier attira l’attention de France, alors que, frémissante, elle levait les yeux vers le couchant, les mains jointes entre ses cuisses.

« Allan s’en va ! Dit-elle tout à coup dans un murmure à peine audible.

- Où ? Demanda Adam en s’agenouillant près d’elle.

- Regarde… »

Elle lui montra la forme gigantesque dans les reflets du soleil. Adam l’identifia : un oiseau, un immense oiseau étalant ses ailes pour prendre son envol.

« Il va là où tout le monde est heureux, là où tout le monde mange à sa faim et ne craint plus l’hiver.

- Cela existe ?

- Oui, quelque part. Et nous aussi un jour, nous partirons là-bas.

- Il sera heureux, France ? Vraiment heureux ?

- Oui, très heureux. Maintenant il n’a plus mal. »

Adam parut infiniment soulagé et rasséréné par ses paroles. Il s’assit sur ses talons et sourit de satisfaction. C’était tout ce qui importait. France ferma un instant les paupières, accablée. Ses frêles épaules s’affaissaient lentement, comme sous le poids d’un fardeau bien trop lourd à porter.

 

Soudain, des voix d’hommes s’élevèrent dans le silence, de l’autre côté du rempart. Effrayés, les deux enfants coururent se cacher derrière un monticule de pierres, non loin du corps sans vie de leur frère. Deux hommes passèrent le mur, discutant fortement, comme s’ils se disputaient. Celui au chapeau portait une lampe et la promenait autour d’eux. Silencieux, le cœur battant, les deux enfants observaient et écoutaient.

« Toujours pour nous le sale boulot ! Grognait le plus grand avec humeur. On aurait pu tout de même laisser les chiens errants et les rats s’occuper de ça, non ? Quelle idée saugrenue tout de même !

- Tu sais bien que le docteur Launay aime que les choses soient bien faites… »

France serra les dents. Adam, accroupi à son côté, tremblait de colère, tout près à s’élancer. Mais elle le tenait fermement.

« Bon, où est-il ce satané corps ?... Ah ! Le voilà ! »

Ils se penchèrent et l’homme au chapeau approcha la lampe.

« Dieu tout puissant ! C’est un gosse ! Quel âge devait-il avoir ? Cinq, six ans ?

- On s’en fiche ! C’est un voleur ! De la racaille quoi ! Une chose est sûre, le docteur ne l’a pas raté ! Regarde ça ! En plein à hauteur du cœur !

- Tant mieux ! Soupira l’autre en chargeant le corps sur le dos de son compagnon. Il n’aura pas souffert. Il faut l’amener au cimetière ?

- Oui. Un trou. Ce sera vite fait. On ne va pas se tracasser pour un vulgaire voyou.

- On ne sait même pas comment il s’appelle. Qu’est ce qu’on va mettre sur la croix ?

- Qu’est ce que ça peut faire ? Tu crois que quelqu’un viendra lui porter des fleurs peut-être ? C’est le privilège des grands, ça ! Et puis le cimetière est rempli de croix sans nom, alors une de plus, hein ? Allons, dépêche-toi ! Le docteur Launay n’aime pas qu’on traîne ! »

Les deux hommes disparurent derrière le mur. La lumière vacillante de la lampe resta visible encore quelques instant puis s’évanouit comme leurs voix…

Alors les deux enfants sortirent de leur cachette. Révolté, Adam voulut les suivre, savoir où ils emmenaient Allan mais France ne l’entendait pas ainsi :

« Montre-moi la maison du Docteur Launay.

- Mais …

- Je veux savoir, c’est tout ! L’interrompit France d’un ton sans réplique.

- Pourquoi faire ? » S’étonna Adam.

France ne répondit pas. Farouches, ses yeux noirs étincelèrent. Glacé par cette terrible expression, Adam n’osa plus rien dire et se mit en route. France le suivit, fermement décidée à venger la mort d’Allan. D’une manière ou d’une autre.

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Commentaires

Oh zut j'espèrai un miracle je m'étais dis peut-être qu'Allan n'est que blessé
Ils sont durs trop durs avec ce gamin

bisous
Commentaire n°1 posté par corinne le 24/10/2009 à 21h50
Ben ton roman m'angoisse toujours autant. Bon allez zou, je file voir le prochain article. Bizzzzzzzzzzzzzzzz
Commentaire n°2 posté par JOe le 23/10/2009 à 22h05
c'est toujours avec plaisir que je te lis, je m'attache au fil des chapitres à l'histoire boulerversante de France bonne continuation Plume !
et merci d'être passée me voir !
bonne journée ! et à très vite !
Commentaire n°3 posté par voyelle le 23/10/2009 à 10h48
Bonjour Plume, je voulais savoir à propos de ce récit Les Vanupieds, est-ce que tu l'écris sur ton blog seulement ou si c'est un roman que tu as ou va publier aussi?
Commentaire n°4 posté par Mimi le 22/10/2009 à 17h47
C'est un roman et il est destiné à la publication, bisous et merci
Réponse de Plume le 22/10/2009 à 19h46
Je lis cette histoire dramatique avec beaucoup de plaisir. J'attends la suite. Bises
Commentaire n°5 posté par Martine le 22/10/2009 à 06h54
Tu nous tiens en haleine. Bravo à toi !
Commentaire n°6 posté par écureuil bleu le 21/10/2009 à 21h36
Je ne sais pas ce qui va arriver, mais les petits ne gagnent jamais dans ces cas là. Très intéressant.
Commentaire n°7 posté par Solange le 20/10/2009 à 03h43
Je continue de te lire et je continue d'aimer tes textes.....
Gros bisous ma Belle Plume et bonne soirée Automnale.
Commentaire n°8 posté par Goellia le 19/10/2009 à 19h36
merci
Réponse de Plume le 20/10/2009 à 21h30
Petite question Plume,
Vas-tu en faire un livre ??? Car je suis partante pour être le lire sur papier... je regrette tellement de ne pas l'avoir fait pour tes petites filles de décembre (toujours pas terminées... la lecture sur écran est pénible à la longue)
Commentaire n°9 posté par beakimcat le 19/10/2009 à 17h07
Oui, c'est le prochain.
Réponse de Plume le 20/10/2009 à 20h25
Coucou Plume
Terrible épisode mais c'est envoûtant...
Cette petite France m'émeut...
Bisou de plume
Béa kimcat
Commentaire n°10 posté par beakimcat le 19/10/2009 à 17h05
J'ai hâte de lire ta suite, pauvre môme quand même, j'aime beaucoup ton style décidemment
bisous
Commentaire n°11 posté par florence le 19/10/2009 à 14h51
Eh bien... tout se précise.

J'espère que France trouvera une façon de se venger qui ne fera pas d'elle un assassin.

Tu vas le pulier en livre, dis, Plume ?
Commentaire n°12 posté par Quichottine le 19/10/2009 à 10h54
Oui, j'en ai l'intention. Il me plait et il plait. Alors...
Réponse de Plume le 20/10/2009 à 20h26
Reviens prendre le temps de t'assoir dans un des fauteuils, bonne semaine
Commentaire n°13 posté par ABC le 19/10/2009 à 09h28
C'est repartit ...... Alors bon lundi et bonne semaine à toi
bisous
pat
Commentaire n°14 posté par biker06 le 19/10/2009 à 09h19
*~* Bonne journée *~*
Commentaire n°15 posté par perfecta le 19/10/2009 à 06h45

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