La Plume de Giacometti

     
L'amie plume   


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Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 05:46


(Cliquez sur la couverture pour lire les premières pages.)


Le premier Tome des Petites filles de Décembre a une histoire. Je ne crois pas vous l'avoir déjà racontée. Ou peut-être par brides.
Quand j'ai écrit le manuscrit original, j'avais 16 ans. Une ado solitaire, méfiante, réservée dont les seules passions étaient la lecture (j'avais lu toute la série des "Alice" de la bibliothèque verte et commençais à m'intéresser à quelques auteurs philosophiques comme Pascal et son roseau pensant) et l'écriture (je couchais déjà depuis très longtemps des histoires interminables sur les pages de mes cahiers d'écoliers, histoires qui reprenaient, bien cachés, mes doutes, mes interrogations, mes douleurs d'enfants, mes oublis, qui me servaient souvent à hurler en silence ces choses que je ne m'autorisais pas à dire tout haut).

Fascinant de tenir au bout de son stylo plume dont l'encre séche rapidement la destinée mouvementée de personnages imaginés qui ressemblent parfois aux personnes de son entourage.

Novembre 1982. Gamine de 15 ans (oui, j'étais encore une gamine, une vraie, naïve et innocente, ma vie était un long fleuve tranquille). La nouvelle tombe : mamie est morte. J'ai cru que le monde entier s'écroulait : je revois encore ma mère au téléphone, mon frère sur le canapé fixant des yeux effarés sur moi, je ressens encore cette panique incontrôlable, cette peur irraisonnée, cette douleur dans ma poitrine, cette furieuse envie de vomir, je cours, je fuis, ma mère me court après, me parle, c'est le brouillard, je pleure, oui, oui, on le savait, elle était malade, le cancer, je dis oui, je dis que je comprends... mais je ne comprends pas. Je le dis pour qu'elle sorte de ma chambre, je le dis pour qu'elle me laisse seule, je le dis... mais je ne le pense pas. Je ne sais alors qu'une chose : ma mamie est morte. Je l'aimais. Comme on peut aimer une maman câline, complice, compréhensive, une maman idéalisée dans les yeux de laquelle on existe vraiment.
J'en ai voulu au monde entier, la haine, la colère, le silence... Trop lourd à porter. J'étais grande pour mes parents. Trop lourd. Trop étouffant. J'étais grande et je devais comprendre. Mais n'est-on jamais assez grand pour affronter la douleur? Surtout quand personne n'en parle? Surtout quand tout le monde évite d'en parler? NON ! Je n'étais pas grande ! J'étais une gamine qui avait besoin de vomir toutes ses tripes et qui n'y arrivait pas parce que ça ne se faisait pas!

16 ans. Il a fallu 1 an pour que ça sorte. C'est sorti en silence. 4 cahiers à l'encre bleue. Il n'a fallu que deux mois pour les remplir. D'une seule traite. Et ça m'a fait du bien. J'ai gardé le manuscrit comme on garde un trésor. A l'époque il s'intitulait "La fureur des ombres". Tout un symbole. Enfermé dans un tiroir. Oublié dans ce tiroir. Comme s'il fallait que je l'oublie pour faire le deuil.

20 ans plus tard. Le revoilà sous mes yeux émus et un je ne sais quoi d'hésitation. Pas facile de remuer les fantômes du passé! L'encre bleue a fané. Il a fallu deux ans de plus pour que je me décide à écrire une suite. Je devais écrire une suite. Je n'avais pas arrêté de vivre. Donc il fallait que ça continue et que j'achève de chasser mes ombres...

Quand j'ai eu le Tome 1 publié entre les mains, un an plus tard, et bien vous savez quoi? J'ai pleuré.


4ème de couverture :


 

"Laurine Demayo et Alicia Geschkalaï sont les meilleures amies du monde. Elles ont dix-sept ans. La vie, pour elles deux, est un long fleuve tranquille …

Mais un jour apparaît Théa Strauss. L’adolescente au même visage. L’adolescente mystérieuse qui met tout en œuvre pour séparer les deux amies …

Elle devient la clef qui ouvre les portes d’un redoutable passé.

Le terrible secret. Celui de l’étrange naissance d’Alicia. Celui de l’étrange naissance de Théa. La même nuit. En Décembre 1967. De l’autre côté du mur.

Danse et chante encore dans les mémoires la belle Elaura, reine des bals de Berlin. Rodent dans l’ombre le crime organisé et les héritiers des savants fous du troisième Reich.

Laurine Demayo veut savoir. Au nom de l’amitié. Au nom de la vérité.

Laurine Demayo veut comprendre. Même si c’est au péril de sa vie."




Extrait :

"Même avec tous ses efforts, Alicia ne pouvait détacher ses beaux yeux noirs du cercueil de bois, empêcher ses larmes de baigner ses joues pâles, ses lèvres de trembler… Il était là, à quelque pas, aux pieds des marches en marbre rose qui montaient à l'autel. Deux cierges, immenses, brûlaient de chaque côté. Les flammes étaient immobiles, absentes de toute vie, de toute joie. Elles semblaient partager la tristesse des parents, amis et voisins réunis là, sur les bancs de l'église.

Ils entonnèrent ce chant d'adieu au son douloureux et mélancolique de l'orgue. Alicia aurait voulu chanter avec tous ces gens venus rendre un dernier hommage autour du cercueil d’Ella Geschkalaï. Mais les mots ne passaient pas. Les sanglots gonflaient sa gorge, les larmes ses paupières. Elle pensait à ce visage gris cendre qu'elle avait vu dans les coussins blancs du cercueil. Elle pensait à ce même visage respirant de vie et de santé qu'elle lui avait connu. Elle pensait à Elle... à présent couchée pour l'éternité dans son linceul blanc, à présent immobile dans le chant d'un au revoir, maintenant là… devant l'autel couvert de dentelles.

Oui, elle l'avait vue dans son linceul, revêtue de sa robe bleue aux minuscules fleurs blanches, les mains jointes sur sa poitrine, les yeux fermés à jamais, ses cheveux gris épars autour de son visage où aucunes fibres de vie ne vibraient… Oui, elle les avait vainement cherchées sur ce visage blême, de toutes ses forces espérées les trouver. Mais vain espoir, hélas ! Mama Ella n'ouvrirait jamais plus les yeux, jamais plus sa main ne viendrait se poser sur ses longs cheveux bruns, jamais plus elle ne verrait son sourire… rien qu'en souvenir…

Quand elle était entrée dans la petite pièce froide, quand elle l'avait vue, couchée là dans ce drap blanc, elle n'avait pu y croire. Ce n'était pas possible ? A travers ses larmes, elle avait regardé ce visage gris cendre… Elle paraissait dormir… oui, elle dormait et bientôt ouvrirait ses paupières, laisserait un regard encore ensommeillé se poser sur chacun d'eux, les reconnaîtrait, leur sourirait… comme avant. Oui, elle dormait… Elle voulait qu'elle dorme, elle le voulait tant… Elle avait cherché une preuve dans les yeux d'Andrei. Mais il baissait la tête. Dans les yeux de Sarah. Mais elle pleurait silencieusement… Alors elle avait compris.

Oui, mama Ella dormait… mais d'un sommeil éternel, d'un sommeil dont elle ne se réveillerait plus pour leur sourire. Et elle était restée là, immobile, sanglotante. Elle étouffait, l'air lui pesait, elle voulait fuir… mais elle était restée prostrée, là, devant le cercueil de bois clair.

« Nous sommes tous réunis ce soir, mes frères, pour rendre un dernier hommage à Ella Geschkalaï, née Romanov ! dit le prêtre dans le silence de l'église. Ella, nous la connaissions tous, dans notre petite ville. Venue se réfugier comme tant d'autres dans notre pays il y a douze ans, nous l'avons tous connue serviable, souriante, toujours discrète et aimable… Elle a vécu la famine de Russie, les horreurs de la guerre, la persécution, les épreuves de chaque instant de la vie, comme elle a su bravement les surmonter, puisse-t-elle trouver dans le repos éternel la paix et le bonheur ! Amen !

- Amen ! »

Alicia ne parvint pas à desserrer les dents. Elle avait gardé ses yeux noyés de larmes sur le cercueil de bois clair. Mama Ella… Oui, puisses-tu trouver enfin la paix et le bonheur, toi qui avais tant vu de la vie !

Alicia regarda tous ces gens réunis ici, qui, la tête basse, priaient en silence pour le salut de son âme. Et une amère détresse lui serra le cœur : oui, pleurent ces hommes et ces femmes, pleurent tous ces gens qui l'avaient faite souffrir autrefois ! Qu'importe maintenant pour elle ces larmes sincères ou forcées, elle n'entendaient pas… Et peut-être s'amusait-elle bien, là-haut, brave mama Ella, de l'hypocrisie de certains…

Soudain Alicia ouvrit de grands yeux et se raidit, envahie d'une indescriptible stupeur : là, tout près d'une colonne, à demi cachée dans la pénombre de la chapelle, se tenait, debout et immobile, une jeune fille dont tout le corps était secoué de sanglots convulsifs… une jeune fille dont la ressemblance extraordinaire avec elle ne donnait aucun doute sur son identité : Théa Strauss !"

 

 

Publié en Juin 2006 par Publibook, Paris - 372 pages



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Commentaires

Plus de 800 Euros pour faire publier un roman... je trouve ça abusé... je préfère continuer à les mettre en ligne gratuitement pour le lecteur.

Mais je vous félicité pour votre roman bien ficelé!

LUEUR
Commentaire n°1 posté par Helena Grantham le 19/06/2009 à 14h36
Un premier livre, c'est un peu comme un premier enfant, une grande émotion, n'est-ce pas ? Merci d'avoir fait bon accueil au mien.
J'espère qu'il continuera à t'émouvoir et à réveiller tes souvenirs. Bon voyage en terre de Pages Blanches, petite Plume...
Commentaire n°2 posté par Ptitsa* le 27/05/2009 à 15h20
Plume
...je n'ai pas encore fini... tes petites filles de décembre...
BiZ
Béa kimcat
Commentaire n°3 posté par beakimcat le 17/05/2009 à 22h33
L'écriture nous aide en effet, à surmonter bien des malheurs.
Commentaire n°4 posté par enriqueta le 16/05/2009 à 07h22
Ce n'est que vingt ans plus tard que tu as pu mettre au jour la douleur que représente le départ d'un être cher ..et bien heureux tous ces écrits qui ont pu te libérer malgré le remous qu'ils ont transporté quand il a fallut les décrire
J'ai mis moi aussi vingt ans pour parler du décès de mon père qui s 'était suicidé , en relisant quelques brides , car ce n'était que brides d'écriture , je me suis dit ' vingt ans déjà ', avec l'impression que c'était hier, mais vingt ans pour en parler à la lumière du jour ..alors je comprends l'émotion qu'il a dû transmettre quoiqu'il en soit
Bises et bon weed-end
Commentaire n°5 posté par lilounette le 15/05/2009 à 21h50
coucou plume, c'est en lisant ton article avec beaucoup d'émotions, mes yeux se sont brouillés, toute cette sensibilité de l'on ressent à travers tes mots, je te souhaite une douce soirée bisous
Commentaire n°6 posté par musearevelise le 14/05/2009 à 22h53
de temps en temps, la douleur se transforme en un magnifique moteur!!! Bizzzzzzzzzzzz
Commentaire n°7 posté par JOe le 14/05/2009 à 19h35
très émouvante "confession" ; j'imagine le choc que peut avoir une jeune fille de 15 ans face à la mort d'un être proche ! découvrir les dures réalités , si jeune  forcément ça laisse des traces . mais tu as su positiver cela par l'écriture §
Commentaire n°8 posté par fanfan le 14/05/2009 à 07h48
Félicitations à toi !
Bonne journée
Commentaire n°9 posté par CLine le 14/05/2009 à 07h15
Touchant ce que tu écris à propos de ce livre. Alors il y a de toi et de tes émotions quelque part dans cette histoire. Décidément, il doit être plus qu'intense. Ta grand-mêre t'a donné la possibilité de t'exprimer en écrivant on dirait même si d'avance tu aimais écrire. Elle a été l'élément déclencheur... et a sûrement été avec toi tout ce temps à sa façon.

Merci pour ce partage Plume bien touchant, je t'embrasse.
Commentaire n°10 posté par Mimi le 14/05/2009 à 06h03
C'est peut-être grace à elle si aujourd'hui tu es écrivain. C'est très bien écrit et agréable à lire.
Commentaire n°11 posté par Solange le 14/05/2009 à 02h09
C'est toujours émouvant de connaître ce qui a pu déclencher ce besoin d'écrire. Toi, c'est une grande douleur que tu as eu besoin d'exorciser en couchant sur le papier les mots que tu gardais enfouis dans ton coeur...Ta grand-mère, de là-haut, doit être fière de toi :-))
Merci de nous avoir fait partager ce moment intime de ta vie.
Je t'embrasse, Plume
Commentaire n°12 posté par Nickyza le 13/05/2009 à 23h49
C'est superbement bien écrit et émouvant. Je pense à ma grand-mère, j'avais 14 ans et je l'aimais beaucoup. Bises à l'écrivain
Commentaire n°13 posté par Moni le 13/05/2009 à 23h44
Trop émue pour parler, je pense à ma grand-mère...
Commentaire n°14 posté par Marlou le 13/05/2009 à 20h12
Merci, passe un bon merc. bisou
Commentaire n°15 posté par bacotte le 13/05/2009 à 16h23
Tu as cette facilité de faire valser les mots tout en donnant de l'émotion.
Je compends et ressens ta peine. Chasse t-on les fantômes du passé, je crois que ces ombres demeurent en soi toute la vie!
Commentaire n°16 posté par patricia11 le 13/05/2009 à 15h06
bonjour
merci de ta visite. J'aime beaucoup ce que tu écris. Ma fille écrit également des livres mais a beaucoup de mal à se faire éditer. Si tu veux lire ce qu'elle fait je le mets sur myspace voici le lien http://www.myspace.com/feedu47 ça c'est la page du profil. Il te suffira de cliquer sur un article ou sur parcourir blog.
Je reviendrai
bisous
Commentaire n°17 posté par babette47 le 13/05/2009 à 14h28
ta grand-mère doit-être heureuse, car sans elle, aurais tu fais ce livre ??

Bises !
Commentaire n°18 posté par patriarch le 13/05/2009 à 14h08
Non, sans doute pas, c'est ce qui fait toute sa valeur ...
Réponse de Plume le 13/05/2009 à 14h11
coucou, ton histoire est belle, je n'ai jamais ressenti pareil sentiments envers ma grand-mère , oui c'est une histoire dificile et compliqué mais quand elle est partie, j'étais triste et je me suis toujours dommage d'être passée à coté de beaucoup de chose mais bon, enfant on ne comprend pas toujours tout

bisous
Commentaire n°19 posté par corinne le 13/05/2009 à 13h03
C'est l'événement délencheur de ta carrière d'écrivain. Merci de nous l'avoir confié.

C'est aussi un très beau moment, triste, mais porteur d'avenir.

Je t'embrasse fort, Plume.
Commentaire n°20 posté par Quichottine le 13/05/2009 à 12h57
J'aime beaucoup l'atmosphère, la situation, l'histoire et le ressenti en lui même... cela fait quelques temps que l'on se suit... pourquoi ne pas se mettre en lien ? bigkiss
Commentaire n°21 posté par sam le 13/05/2009 à 12h22
Il est vrai aussi, pour ma plume, que mes ami(e)s m'ont portée et soutenue dans la démarche d'oser publier, mes deux premières publications sont même libératrices, je dois dire, et la plume se sent encore plus légère depuis.
Bisous
Corinne
Commentaire n°22 posté par Porteplume81 le 13/05/2009 à 10h05
 Pauvre Plume et son chagrin d'adolescente!! Perdre un être cher est difficilement acceptable à 16ans, je le sais puisque c'est à cet âge que j'ai perdu mon frère chéri (il avait 29ans à à la guerre d'Algérie)aviateur de carrière!!! Jamais je n'ai accepté et je te trouve très courageuse d'avoir pu écrire cette souffrance!! Moi, je n'ai pas pu et ne pourrai jamais!!! As-tu eu quelque succès en parution librairie??? BISOUS FAN
Commentaire n°23 posté par FAN le 13/05/2009 à 08h37
Oui, un peu...Mais je ne suis pas assez "vendeuse". Moi, J'écris.
Réponse de Plume le 13/05/2009 à 14h12
tu es la jim morrison feminine ! hi hi hi avec une vie bien plus heureuse !! humour
bisous
pat
Commentaire n°24 posté par biker06 le 13/05/2009 à 07h14
Quel émouvant récit qui me touche beaucoup..... J'étais très attachée à ma grand-mère et même si j'étais adulte quand elle a disparu, je ne m'en suis jamais remise et tous les jours je pense à elle. J'ai les larmes aux yeux. Je n'ai pas encore lu le Tome 1, je le garde précieusement pour le mois d'Août. Je ne peux lire que pendant les vacances. Bisous
Commentaire n°25 posté par Eglantine le 13/05/2009 à 06h28

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