Mardi 23 octobre 2007
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Médusée, Eliane resta bouche bée. Les yeux de sa fille étincelaient de colère. Elle faisait visiblement un gros effort pour contenir la
fureur qui la faisait trembler des pieds à la tête. Eliane regarda Markus dont le front se barrait d'un pli soucieux face à l'affrontement qui se préparait. Elle regarda à nouveau Laurine, fronça
les sourcils, adoptant immédiatement cette attitude agressive qu'elle avait toujours eue malgré elle quand une discussion houleuse s'annonçait avec la plus jeune de ses filles. Laurine tenta de
reprendre le contrôle de ses impulsions, consciente que la colère n'était pas vecteur de persuasion :
« Maman, reprit-elle d'un ton plus calme, nous avons beaucoup parlé de la situation... enfin, plus
exactement de ma situation à moi, avec Rachel et Markus. Tu voyages sans arrêt, tu reviens rarement à la maison, surtout depuis que tu fréquentes Antoine. Quand tu ne voyages pas pour ton
travail, tu profites de ton temps à visiter... Cuba par exemple, avec ton ami ! Moi dans tout ça, je n'ai pas de place ! J'ai dix-huit ans, j'ai moi aussi mon mot à dire maintenant dans cette
garde que vous vous êtes partagée papa et toi ! Légalement je suis en mesure de choisir où je souhaite vivre ! J'ai choisi. Je ne veux pas rentrer avec toi, maman, je n'ai plus envie d'être seule
dans cette grande maison vide, je veux vivre avec ma sœur.
– Je te demande pardon
?
– Je veux vivre avec ma
sœur ! Répéta Laurine fermement.
– Tu es devenue folle ?
Demanda Eliane, ahurie.
– Pas du tout, je n'ai
jamais été aussi sereine et saine d'esprit que maintenant ! C'est la première fois que je prends une décision moi-même sur mon propre avenir depuis que je suis née ! Tu fais ta vie maman, comme
papa fait la sienne ! Vous ne vous êtes jamais préoccupés plus que ça de ce que nous pouvions ressentir, Rachel et moi ! Alors nous avons décidé toutes les deux de nous prendre définitivement en
main et de nous occuper de nous. Ma vie est auprès de ma sœur et de sa famille ! Et je vais me faire une joie de m'occuper à mon tour d'elle quand elle aura son enfant, de manière à ce qu'elle
n'ait aucun autre souci que de choyer son bébé. J'ai choisi. Nous sommes d'accords tous les trois pour rester ensemble et être le plus heureux possible. De votre côté, à papa et à toi, vous
faites votre vie et pour l'amour de dieu, vous nous fichez la paix !
– Là, je
rêve... »
Eliane se passa une main sur les yeux, le souffle court, visiblement choquée par ce qu'elle venait d'entendre. Laurine respira
profondément, soulagée d'avoir pu dire tout ce qu'elle avait sur le cœur. Elle croisa le regard approbateur de Markus. Il lui sourit doucement et hocha la tête avec confiance. Emue, elle baissa
les paupières... Mais c'était bien mal connaître Eliane Demayo. Elle bondit sur ses pieds comme une folle, les faisant tous les deux sursauter, attrapa dans le même mouvement le bras de sa fille
et la mit brutalement debout, écarlate de fureur :
« Qu'est ce que c'est que ce discours ? Lui hurla-t-elle au visage avant que Laurine n'ait pu se remettre
de son effroi. Jamais je n'ai entendu quelque chose d'aussi stupide de toute ma vie ! Tu n'as pas à décider de quoique ce soit, Laurine Demayo ! Jusqu'à preuve du contraire, tu es sous ma
responsabilité ! Et tu fais donc ce que je te dis de faire, tu entends ?
– Eliane
! »
Markus voulut s'interposer, indigné.
« Tu restes en dehors de ça, Markus ! Dit-elle d'un ton cinglant. Ça ne te regarde pas ! C'est une
histoire entre ma fille et moi ! Quant à toi, Laurine, le fait que tu aies dix-huit ans ne change rien à l'affaire ! Aussi, tu files immédiatement faire tes valises et tu viens avec moi, que ça
te plaise ou non ! Est-ce que c'est clair ? »
Laurine se dégagea d'un coup sec, blanche comme un linge.
« Non !
- Ça suffit, Laurine ! Ne me pousse pas à bout ! »
Laurine recula, suffoquée à la fois par ses larmes de désespoir face à l'incompréhension de sa mère et la rage
féroce qui cognait douloureusement dans sa tête. Elle serra les poings, toute hérissée de révolte contre ce qui était pour elle une parfaite injustice :
« Non ! »
La main d'Eliane partit d'un seul coup, frappa sa joue...
« Eliane ! »
Markus n'avait pu s'empêcher d’intervenir, épouvanté par la tournure que prenaient les évènements. Mais Eliane
écumait, incapable de garder son sang froid face à l'entêtement de sa fille cadette :
« Je te dis de ne pas me pousser à bout ! Va faire tes valises, tout de suite ! Il
est hors de question que tu pourrisses la vie de ta sœur plus que tu n'as pourri la mienne, sale môme ! Bon dieu ! Je savais que je faisais la plus belle bêtise de ma vie en te gardant ! Je ne
voulais pas d'un second enfant, je savais que ce serait source d'ennui ! Nous avons cru que ça stabiliserait notre vie de couple... Mais tu parles, ça n'a rien fait du tout, tout s'est dégradé !
Ta naissance est un pur accident, je n'ai jamais voulu un second enfant, Rachel m'a toujours satisfaite et comblée de joie ! Même encore ! C'était une enfant tellement facile, agréable,
studieuse... tout ton contraire ! Je n'ai jamais eu qu'à me plaindre de toi ! Quelle énorme bourde j'ai pu faire en te gardant, bon dieu ! Je savais que je le regretterais toute ma
vie...