La Plume de Giacometti


DSCN3528-1J’aime écrire. J’ai dû tenir une plume avant de tenir debout. Des textes, des poésies, des nouvelles, un journal. J’écris comme je respire: pour vivre. Ma complicité avec ma plume ne cesse de me surprendre moi-même : elle a toujours quelque chose à poser sur la page blanche et je la suis. C’est ainsi qu’est née la trilogie "Les petites filles de décembre", un roman plein d’émotions, une merveilleuse histoire d’amitié qui tourne autour d’un lourd secret de famille, un suspens qui tient en haleine... et qu'ont suivi les poésies où je me laisse aller aux confidences...

Ce que j'aime encore ? Photographier ce qui m'entoure. Toujours armée de mon Canon ou mon Fuji, j'aime me promener autour de la ferme et prendre l'image qui flashe mon regard: mes enfants, une fleur, un paysage, un animal... Mon appareil photo, je l'embarque partout où je vais, même au travail. Je suis capable de m'arrêter en bord de route quand je voyage parce que j'ai vu LA photo. Vous savez ? Celle qu'il faut absolument prendre. Au risque de se faire emboutir par la voiture qui suit ou se faire écraser par la voiture qui arrive !
Et oui. Autant j'ai mon carnet de note et mon crayon dans mon sac à main, le besoin d'écrire peut prendre n'importe quand, n'importe où, autant je trimbale mon matériel photo (boitier et objectifs) dans un sac à dos que je tiens à portée. Parce que, idem, le plaisir de figer le moment peut prendre n'importe quand, n'importe où. Alors je me tiens prête ...


“Je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux et nous nous comprenons, n'est ce pas, en un seul sourire.”
 

(Shi Tao)
     
       
  L'amie plume 

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /2010 05:45

Dans un monde idéal de joyeux compères

Elle danse sur les héritages de ses pères

Le coeur accroché à l'histoire de ses mères,

Et l'esprit parfumé d'une fantaisie éphémère.

 

Dans son présent de curieux visionnaires

Elle marche sur des nuages extraordinaires,

Les yeux ouverts sur un immense arc en ciel,

Et les narines offertes à nos senteurs de miel.

 

Dans son passé honteux délibérément oublié,

Elle laisse ses souvenirs ridicules se délier,

Le regard enseveli sous une course effrénée,

Et les mains tendues à de courageuses aînées.

 

Dans son futur totalement désorganisé

Elle abandonne ses espoirs au goût anisé,

Le corps écartelé en cauchemars insensés,

Et le visage meurtri d'hasards encensés.

 

Inédit@Plume 2010

 

 

 

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Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /2010 04:44

 

Les Vanupieds (43) :         Les Vanupieds (44) :           Les Vanupieds (45) :    

Les Vanupieds (46) :

 

 

A peine la porte se refermait-elle sur la fine silhouette de Sœur Mérédith que Mme Sanders s’exclamait, outrée :

« Mais enfin, avez-vous donc perdu la tête, mon ami ? Vous n’allez pas laisser cette gamine n’en faire qu’à son bon vouloir tout de même ? C’est tout à fait… »

Il l’interrompit d’un geste. Le sourire aux lèvres, le regard pétillant, il se renversa sur le dossier et croisa les bras sur son torse. Alors Mme Sanders se calma, édifiée par l’éclat particulièrement amusé de ses yeux.

« Vous venez d’avoir une idée lumineuse, vous !

-    Je n’ai pas l’intention de me laisser faire par cette… Voyons ? Comment s’appelle-t-elle déjà, cette fichue gosse ? L’avez-vous vue, ma mie ?

-    Oui. Quand Sœur Mérédith les a ramenés d’en ville. L’enfant a une balafre qui lui traverse le visage de la tempe à la lèvre opposée. C’est la seule chose qui m’a frappée. Parce que cela lui donnait un air… Comment dire ? Un… Un air sauvage… Oui c’est bien ça, un air très sauvage.

-    Hum… »

Sanders fronça les sourcils.

« Je ne doute pas de la clairvoyance de Sœur Mérédith. Déclara-t-il après une minute de silence qu’il avait passée, sembla-t-il, à réfléchir. Elle sait ce qu’elle dit. La môme à la balafre risque de nous causer des ennuis. J’aime briser les caractères. Je briserai celui de cette gosse, ma mie, aussi redoutable qu’il puisse apparaître aux yeux de la bonne sœur. Nous allons la mâter. »

Son regard étincela de plaisir et il se frotta les mains, satisfait.

« Cela va donner un peu de piment à la monotonie de la fondation. Et si la môme est vraiment aussi terrible, tant mieux ! Je prendrai davantage de plaisir à faire d’elle une loque humaine ! Ça promet d’être infiniment intéressant! »

Mme Sanders, radieuse, entoura son cou de ses bras potelés :

« Vous êtes épatant ! S’exclama-t-elle en riant. Je ne manquerai le spectacle pour rien au monde ! Comment allez-vous donc vous y prendre, très cher ?

-    Pour commencer, je crois que les deux plus jeunes doivent payer le séjour de leur sœur, non ? Alors… »

 

 

Sœur Mérédith poussa doucement la porte de la chambre et, émue, contempla longuement en silence l’enfant brune assise sur le lit, tournant la tête vers la fenêtre ouverte sur la cour de la fondation.

France lui dévoilait son profil long et fin dans les pâles rayons du soleil. Elle avait à cet instant dans ses grands yeux noirs une sorte de mélancolie qui abaissait tristement ses longs cils sur le brillant intense de sa prunelle, heurtée par les murs, inquiète d’Adam et d’Alissa, perdue dans le bleu du ciel… Sœur Mérédith joignit les mains avec ravissement. Que l’enfant était belle ainsi dans le scintillement du soleil ! Quand on ne voyait pas la balafre et qu’on la surprenait comme elle était et non comme elle savait si bien se montrer !

Sœur Mérédith s’avança sans bruit vers le lit où la fillette reposait depuis plusieurs jours. France ne l’entendit vraisemblablement pas car elle ne bougea pas. Alors la religieuse vit ce qu’elle contemplait avec tant d’attention par delà la fenêtre : Adam et Alissa était occupés là-bas près du hangar à arracher les mauvaises herbes dans le jardin des Sanders, tâche que l’intendant leur avait assignée une heure plus tôt et qu’ils accomplissaient avec ardeur, désireux de s’acquitter de leur devoir avant de retourner au plus vite auprès de leur sœur. Et France, furieuse d’être aussi impuissante, les regardait faire, surveillant le moindre de leurs mouvements et les alentours. Depuis qu’ils étaient à la fondation, elle ne les avait jamais quittés une seule seconde des yeux, comme si elle avait au fond du cœur la crainte tenace de se retrouver séparée d’eux.

Sœur Mérédith, submergée d’affection, approcha instinctivement sa main de ses longs cheveux bruns et les caressa doucement. France eut un violent sursaut et se rejeta aussitôt en arrière, le cœur battant à tout rompre. Quand elle la reconnut, ses sourcils noirs se froncèrent et elle darda sur elle un regard furibond :

« Ne recommencez jamais ça, vous entendez ? Jamais !

-    Pardonne-moi, France ! Je suis confuse, je ne voulais pas te faire peur ! Mais… Mais je n’ai pas pu m’empêcher de…

-    Ne recommencez pas, c’est tout ! Dit l’enfant sur un ton sec. Ce n’est pas la peine de vous excuser. »

Ses yeux, très sombres, ne se détendaient pas, dans cette étrange attitude de méfiance, de défense même, songea Sœur Mérédith, surprise. Elle lui sourit.

« Tu es toujours aussi crispée, France. Tu sais pourtant que je ne te veux aucun mal ! Ne veux-tu donc pas te détendre un peu en ma compagnie ? »

France plissa légèrement les paupières. Mais elle ne répondit pas, se contentant de croiser les bras et de l’observer en silence.

« Je sais que tu n’es pas une mauvaise petite, murmura la religieuse avec douceur, espérant ainsi l’amadouer. Pourquoi te montres-tu si glaciale envers moi ? Je ne cherche qu’à t’aider. Et j’aimerais gagner ta confiance. Me laisseras-tu une chance d’y parvenir ? »

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Mardi 8 juin 2010 2 08 /06 /2010 05:03

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Chapitre 4

 

 

 

Sœur Mérédith était assise sur les coussins moelleux du divan, attendant le retour du valet, les mains croisées sur les genoux et les yeux fixés sur le crucifix accroché entre deux tableaux richement ciselés. Au même instant, un pâle rayon du soleil troua les nuages et vint illuminer étrangement la foi déjà si présente dans son profond regard. Elle se signa, et joignant les doigts tout contre ses lèvres, baissa humblement la tête :

« Mon bon seigneur, guidez-moi, je ne sais si je fais bien, je ne sais si j’arriverai à… »

La voix grave du domestique interrompit net sa prière :

« Veuillez entrer, Sœur Mérédith, Monsieur Sanders vous attend. »

Sœur Mérédith hocha la tête et se leva, presqu’avec regret. Après un dernier regard au crucifix, elle répondit, tout en adressant un charmant sourire à l’homme debout devant elle :

« Je viens. »

Sans mot dire, impassible, ce dernier poussa la porte et s’écarta pour la laisser passer.

 

Sœur Mérédith s’immobilisa.

La pièce, agréablement meublée en bois des indes, ouvrait sa fenêtre sur la fumée noire des usines dans le lointain. Il parvenait jusqu’aux tapisseries décorant les murs un parfum subtil, un mélange curieux d’encens et des odeurs acres de la pluie tombée récemment sur la campagne avoisinant l’immense domaine.

La pénombre cacha pendant un court instant la haute et imposante silhouette du maître des lieux, debout près d’un large bureau couvert de papiers. Il régnait dans cet endroit richement agencé une atmosphère lourde et pesante, qui fit impression sur la religieuse. Cette dernière mit très longtemps à s’habituer à l’obscurité malsaine.

« Nous serons brefs, ma sœur ! Déclara Sanders avant que, clignant des yeux, elle ne l’aperçoive enfin. Je n’ai pas beaucoup de temps ! Cette affaire doit être réglée au plus vite. »

Sa voix, particulièrement sévère, tétanisa Sœur Mérédith.

« Oui, monsieur.

-   Très bien. »

Sanders se détacha de l’ombre et s’installa sur un bord du bureau. Souriant du coin des lèvres, il l’observa de dessous ses épais sourcils grisonnant. Deux fauteuils vides les séparaient. Mais le maître de la fondation ne l’invita pas à prendre place sur l’un d’entre eux.

« Vous savez qu’il est hors de question d’attribuer un régime particulier à n’importe lequel des gosses rentrant ici, n’est ce pas, Sœur Mérédith ? »

Elle baissa la tête.

« Oui, monsieur.

-    Or, enchaîna-t-il en attrapant son coffret à cigares, j’ai appris que vous gardiez dans votre pavillon depuis son arrivée il y a deux semaines une gamine d’une dizaine d’années. Est-ce exact ?

-    Oui, monsieur. L’enfant est gravement blessée à la jambe.

-     Incapable de travailler donc.

-     Elle est solide. Elle va se remettre très vite.

-     Mais qui paye son séjour à la fondation en attendant ? »

Sœur Mérédith se mordit les lèvres et croisa nerveusement les mains sur son ventre. Sanders eut un large sourire.

« Personne, je vois ! Voyons, ma sœur, vous connaissez les règles, non ?

-    Je ne pouvais pas les abandonner, murmura-t-elle humblement, que seraient-ils devenus ? L’enfant avait tellement besoin de soin ! je…

-    Sœur Mérédith, l’interrompit Sanders avec irritation, comprenez bien une chose… »

Il se posta à la fenêtre, une main dans le dos. Sa haute silhouette se détachait bizarrement dans le contre jour.

« Nous ne sommes pas un asile de charité ! Vous savez que vous n’avez pas le choix, vous expiez vos fautes et personne ne vous demande de réfléchir. Vous vous contentez de vous occuper d’eux. Point. Ici il n’y a pas et il n’y aura jamais de vocation humanitaire ! Les gosses doivent payer le droit d’être à l’abri, en sécurité et nourris. Ils payent en travaillant pour nous, tous les gosses, Sœur Mérédith, tous sans exception. Or vous faites une exception avec cette gamine, sans mon autorisation ! Voyons, quel est son nom déjà ?

-    France…

-    C’est ça ! Avec un nom pareil en plus ! Ces tarés de français ! Et bien entendu je ne parle pas des deux autres gamins qui l’accompagnent et qui, au lieu d’aller au réfectoire avec les autres, ont élu domicile au pavillon ! »

Il se retourna et la foudroya des yeux :

« Je ne vous ai donné aucune autorisation pour faire une telle chose, Sœur Mérédith ! Expliquez-vous, je vous prie. Comment osez-vous outre passer mes ordres et les règles de la fondation que je dirige ? »

Sœur Mérédith, pâle, recula d’un pas, malgré elle effrayée par la stature et la dureté du maître des lieux.

« Je… je devais garder l’enfant sous surveillance. Et il est parfaitement impossible de les séparer. Je ne pouvais faire autrement que laisser les deux plus petits à leur sœur aînée…

-   Vous ne pouviez faire autrement ? »

Sanders lui jeta un regard narquois :

« Vous vous fichez de moi ? Depuis quand les gosses décident-ils ici ?

-    France n’est pas une enfant comme les autres, monsieur. Son frère, sa sœur et elle sont liés les uns aux autres par je ne sais quelle force qui les aide à survivre et à vaincre les rigueurs de leur vie. Une enfant ordinaire n’aurait jamais tenu comme France a tenu après son accident… »

Sanders s’assit dans son fauteuil et croisa ses bottes de cuir sur l’angle du bureau. Il la toisait avec amusement, l’air faussement incrédule :

« Ma parole ! Etes-vous sûre de parler d’une môme des rues, ma sœur ?

-    Cette enfant a un tempérament hors du commun, répondit-t-elle gravement, une intelligence vive, surprenante, très pratique. Elle sait ce qu’elle veut et ne démord pas de son idée, quoiqu’il arrive. Elle est vraiment très différente de tous ces enfants qui errent sans aucun but, abrutis par les privations et la misère. Elle, elle veut et fait ce qu’il faut pour cela. Les deux plus jeune lui sont dévoués comme jamais je n’ai vu un enfant dévoué à un autre. Entre eux trois, il y a quelque chose de puissant, de merveilleux et d’infiniment solide.

-    Je vois. Vous vous êtes tout bonnement laissé embobiner ! »

Sanders éclata de rire. Sœur Mérédith baissa tristement les paupières, les épaules voutées.

« Mais c’est une gosse ! Uniquement une gosse ! Peut-être très maligne mais une gosse ! Et par conséquent tous les trois doivent être traités comme les autres ! »

Sœur Mérédith secoua fermement la tête :

« Non, monsieur, ce serait une erreur. L’enfant est farouche, redoutable. Elle est capable de n’importe quoi, autant de la pire des violences que de la plus sage des décisions. On lit dans ses yeux une implacable méfiance à l’égard du monde et surtout des hommes. On y lit surtout une force extraordinaire. Elle ne se laissera jamais faire.

-    Vous vous enflammez, ma sœur ! S’exclama une voix féminine, sur un ton hautain et vaguement ironique. Je vous rappelle que vous parlez d’un môme de dix ans ! »

Sœur Mérédith se retourna. Madame Sanders, dame rondelette et rosée, venait de pénétrer dans le bureau et la contemplait avec dédain. La religieuse s’inclina pour la saluer, ayant renoncé depuis très longtemps à s’en offusquer. La culpabilité effaçait toujours l’amour propre, elle était bien placée pour le savoir.

« Bonsoir, madame.

-    Ma foi, déclara la nouvelle venue en s’approchant de son mari, froufroutant dans sa longue robe blanche, je n’ai pu m’empêcher d’entendre votre conversation. J’avoue que je suis… Comment dire ? Sidérée… Oui, c’est le mot : sidérée. Comment une gamine des rues, une vanupied de la pire espèce, venant d’on ne sait où, probablement d’un quartier douteux, rempli de voleurs et d’assassins, dont les parents sont dieu sait où et font dieu sait quoi, pourrait être aussi différente des autres ? Ils ne cherchent tous qu’une chose : manger et dormir. C’est ce que nous leur donnons ici, en contrepartie de leur travail. C’est une main d’œuvre de bon marché. Pourquoi n’en profiterions-nous pas ? »

Elle passa sa main dans la chevelure grise de Sanders.

« N’est ce pas, mon ami ?

-    Bien sûr ! Ma sœur, inutile de vous inquiéter comme cela ! La gosse suivra, comme les autres, un point c’est tout ! »

Sœur Mérédith frémit :

« Pas elle, monsieur, pas elle, je vous en prie, croyez-moi. Si elle a survécu jusqu’à présent, c’est qu’elle a quelque chose de plus que tous ces pauvres enfants abandonnés ! Eux se laissent faire parce qu’ils sont désespérés, parce qu’ils sont désarmés et qu’ils ont perdu tout espoir, mais… mais France, son frère et sa sœur ont un désir farouche de vivre. Ils ont un but, je ne sais lequel, mais ils ont un but et ils sont persuadés que rien ne peut les empêcher de l’atteindre. Je suis certaine que d’une enfant comme France, il faut s’en faire une alliée, pas une ennemie. »

Une lueur particulière brilla dans le sombre regard de Sanders. Il resta silencieux un long moment, les yeux rivés avec attention sur les traits inquiets de la religieuse. Puis il inclina la tête.

«  Je ne mets pas votre parole en doute, Sœur Mérédith. Cependant, ça ne résout pas notre problème. Elle doit payer sa place à la fondation.

-    Mais elle ne peut travailler avec sa jambe, monsieur !

-    Oui… »

Il eut un sourire rusé.

« Je parle d’un prix identique pour tous. Si elle ne peut travailler, qu’à cela ne tienne ! Son frère et sa sœur se partageront son travail. Et quand elle sera remise de sa blessure, tout ce petit monde rejoindra les autres enfants. D’accord ? »

Sœur Mérédith s’illumina littéralement :

« Oh ! Merci ! Monsieur ! Je n’en espérais pas autant ! Merci, merci !

-    Nous sommes donc d’accord. Vous pouvez disposer, ma sœur.

-    Oui, monsieur. Merci monsieur. »

Soulagée, la religieuse s’inclina respectueusement et sortit de la pièce, le cœur léger.

 

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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /2010 18:20

Les Vanupieds (34) :        Les Vanupieds (35) :          Les Vanupieds (36) :        

Les Vanupieds (37) :         Les Vanupieds (38) :           Les Vanupieds (39) :

Les Vanupieds (40) :          Les Vanupieds (41) :           Les Vanupieds (42) :

Les Vanupieds (43) :         Les Vanupieds (44) :

 

 

France lui jeta un regard aigu, à nouveau sur la défensive.

« C’est l’asile de tous les enfants perdus, expliqua Sœur Mérédith, nous les recueillons et…

-   Nous ne sommes pas des enfants perdus ! Interrompit France d’un ton sec.

-   Tu as besoin de soin, ne l’oublie pas. As-tu pensé à ce qui pourrait leur arriver si tu n’étais plus là ?

-    Oui.

-    Est-ce que tu sais que tu peux en mourir d’une blessure comme la tienne si elle ne reçoit aucun vrai soin ? »

France frémit mais ne releva pas. Alissa poussa un cri :

« Non ! Non ! Tu ne vas pas partir, hein ? Tu ne vas pas partir comme Allan ?

-    Mais non ! Bien sûr que non ! S’exclama France aussitôt, le cœur battant. Calme-toi ! Je ne vais pas partir comme Allan ! »

Elle s'irrita après la religieuse :

« Vous êtes contente ?

-    Tu ne peux pas te fermer les yeux, France. Insista cette dernière sans se départir de son calme et de sa douceur. Pas plus que tu ne peux leur cacher la vérité. Je ne te dis pas de rester à la fondation toute ta vie mais au moins le temps nécessaire à ta guérison. Tu comprends ? »

France serrait les dents, révoltée. Mais Adam posa une main sur son épaule, désespéré :

« France…

-    Pense à eux ! Continua Sœur Mérédith, satisfaite d’avoir trouvé la seule raison sans doute qui puisse influencer l’enfant au farouche caractère. Si tu ne veux accepter pour toi, au moins fais-le pour eux ! »

France demeura silencieuse un long moment, le souffle rauque, fixant rageusement l’inconnue sous ses épais sourcils bruns. Elle détestait être prise au piège. Et elle s’en voulait amèrement de ne pas l’avoir vu venir. La jeune femme souriait toujours, avec une extrême chaleur. France finit par se détendre un peu, consciente qu’elle ne résoudrait pas le problème pour l’instant et qu’avant tout elle devait protéger son frère et sa sœur.

« D’accords, nous venons avec vous. »

Le sourire de la religieuse s’élargit de contentement. Mais France se détourna et enveloppa Alissa et Adam d’un regard apaisant et serein. Même si dans le fond, elle était bien loin de partager le soulagement qu’elle voyait sur leur visage. Elle n’aimait pas du tout cette situation, trop semblable dans son déroulement à celle qui leur avait enlevé Abby.

France baissa les yeux et crispa ses mains sur la toile rugueuse de son vêtement. Elle espérait de toutes ses forces ne jamais regretter d’avoir accepté…

 

 

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  • Ecrivain depuis toute enfant, photographe amateur, maman de deux enfants formidables, je travaille accessoirement comme formatrice en insertion et suis mariée à un vigneron ...

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